Sandrine Cnudde ON MY [NOR]WAY
© le lac gelé- Lieu de phénomènes photographiques 2015
Il pleut tellement depuis quelques jours, toute cette eau fait déborder le plateau Hardanger, comme si quelqu’un là-haut, lancé dans un grand nettoyage, avait laissé les robinets ouverts.
J’avais parfois du mal à ouvrir les paupières pour trouver les cairns et les balises, le vent me fermait les yeux comme des volets mal attachés !
Sans faire de pause malgré la fatigue, je vais chercher de l’eau, je me lave, me change, je prépare mon couchage entre des poutres qui me protègeront des courants d’air, j’enfile les chaussons trempés, mes pieds nus mauvissent.
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Après les tourbières, dans la descente vers Flåm, je me suis gavée de framboises en marchant plus lentement qu’un escargot pour préserver mes genoux.
Le poète norvégien Olav Håkonson Hauge (1908-1994) cultivait des pommiers au village d’Ulvik qu’il n’a presque jamais quitté. Sa poésie est ancrée dans la géographie spectaculaire de l’ouest norvégien, mais jusqu’à quel point a-t-elle imprégné son inspiration ?
En mettant la maison du poète au centre d’un cercle de 30 km, l’auteur a sillonné, seule et à pied, tous les sentiers, ou presque, qui ont pu inspirer l’œuvre de Hauge.L’aventure s’est déroulée du 16 août au 21 septembre 2010. Un voyage sur le fil des illusions, aux prises avec une réalité souvent rude.Elle a mesuré ses pas, ses mots, ses images, aux troubles horizons du rêve.
“On my (Nor)way, à pied au pays du poète norvégien Olav Hauge” s’articule autour d’un journal de voyage, d’une exposition de 31 photographies, d’un diaporama sur un design sonore composé à partir des sons enregistrés en marchant.Le Lac gelé présente ici des extraits du journal disponible sur le blog de l’auteur.Un livre « Le vide et le reste » sera publié courant 2012 aux Editions Tarabuste dans la collection « la route de cinq pieds ». Ce poème circulaire est divisé en autant de fragments que de jours de marche et partage ses silences entre poèmes et photographies.



Je marche, je marche, je marche jusqu’au bord du fjord splendide et si mon corps s’arrête au quai, toute mon âme continue d’avancer.
La vue s’ouvre soudain sur des failles impressionnantes et des mini falaises perpendiculaires à la pente. Tout ce pan de montagne pourrait bien un jour glisser dans le fjord.
Un dieu pour les inconscients dirait mon amie Catherine
Je me répète que je n’ai pas droit à l’erreur, que je dois ni me perdre ni tomber ni me refroidir.. Je ne sais pas comment je vais mourir mais certainement pas ici et pas maintenant !
Je rebrousse chemin pour prendre un café, je pousse la porte, un homme en treillis est affairé au téléphone.
en savoir plus:
http://www.sandrinecnudde.blogspot.com
http://www.flickr.com/photos/sandrine_cnudde
www.lelacgele.org
Je suis les cairns, puis les piquets rouges plantés dans la glace et la neige. Il fait froid mais en marchant je ne le sens pas. La vue s’est dégagée, il n’y pas de brouillard, ça me sauve pour trouver le chemin parmi les pans de glaciers bleus ridés comme des mains séculaires.
Affamée, je décide de faire une pause dans un boyau qui glougloute à l’abri du vent, il ne pleut plus. Sensation d’être dans le ventre de la baleine de Pinocchio : noir, mouillé, glissant, immobile mais animé d’une force monstrueuse. Avec sa respiration.
Ça monte dans des granits clairs striés de lignes roses et vertes qui accrochent bien au pied. Toutes les pierres sont si belles que j’aimerais les emporter.
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