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"Récemment"
Il y a un banc sur lequel, sans doute, personne ne viendra jamais s’asseoir. En tout cas, nul n’y est attendu et cette absence ne s’ombre d’aucune angoisse.Elle est cernée par l’outrenoir qui est l’intranquille profondeur du temps lui-même.
Ailleurs, il miroite, se difracte, se craquèle ou se contraste. Plus loin il se trahit au travers de quelques fissures, d’un peu de buée, faisant de soudaines et joyeuses embardées de lumière. Une goutte fait loupe, le train passe trop vite, un promeneur sans raison baisse les yeux : frêles accidents de la perception. Marc Blanchet photographie cela, ces accrocs soudains dans la texture du temps. Ils révèlent, dans le crépitement sec et mat d’une lueur de court-circuit, le lent et patient travail de l’immanence.
Sans y penser, on parle de prise de vue : regardez et vous comprendrez. Vous comprendrez ce que cette expression signifie, ce que l’on risque à l’employer. Ces traversées de l’espace exigent du photographe qu’il se décale, acceptant de s’écarter de son motif pour le retrouver, mais de biais, dans le miroitement des choses. Il lui faut, pour créer de ces impromptus, s’éloigner du territoire, de la mise en scène, du théâtre. Voici pourquoi le banc restera souverainement seul : n’attendez de personne qu’il vienne y composer quelque rôle. Dans ce royaume de l’ondoyance, tout file et tout glisse (pour ma part, je vois des poissons partout, de belles prises), même si le photographe a littéralement peuplé ses clichés. Des ombres, des doubles, des revenants — oui, mais pas seulement. C’est aussi beaucoup plus simple que cela. Il nous donne de ses nouvelles. Nous montre ce qui s’est passé récemment.
Alors l’histoire ? Sans nul doute : Marc Blanchet est un photographe d’histoire. Non pas qu’il agence quelques petits tableautins à costumes, c’est tout le contraire. Il prend à la volée du temps le mystère de son cours. Il saisit et rend visible ce que c’est, pour le temps, de passer. Il voit et donne à voir par quels états, par quelles textures, par quelles matières il passe. Comment il cherche à se divertir, débordant de son cours majestueux, pour se faufiler, s’immiscer, s’iriser.
Le photographe n’est jamais très loin, non pour faire spectacle ou porter témoignage de ce qu’il a vu récemment, mais pour nous faire voir les yeux qui voient. Et ici, devant le banc ponctuant la forêt obscure, la trame d’une toile. Ce que c’est que cette toile, vous le savez bien : c’est la peinture, l’histoire de la peinture, toute l’histoire de la peinture. On ne voit qu’à travers elle.

Patrick Boucheron




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